Manager et philosophe... le possible dialogue - Apec.fr

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lu 158 fois | publié le 07/05/2014

Les invités · Manager et philosophe... le possible dialogue

Isabelle Barth, professeur agrégé en sciences de gestion, dirige l'Ecole de management de Strasbourg. Elle a introduit dans les enseignements des sessions de philosophie, ouvertes aux étudiants en management mais aussi aux étudiants en philosophie et au grand public. Des leçons confiées à Yann-Hervé Martin, agrégé de philosophie et professeur en classes préparatoires. Tous deux publient "La Manager et le philosophe – Femmes et Hommes dans l'entreprise : les nouveaux défis", aux éditions Le Passeur.

Les invités : Isabelle Barth et Yann-Hervé Martin

Le management et la philosophie sont-ils compatibles ?
Isabelle Barth - Le management est une science de l’action, du faire. Et pour mieux se regarder faire, les managers ont besoin d’éclairages multidisciplinaires (philosophie, psychologie, histoire…).
Yann-Hervé Martin - Longtemps la philosophie a porté un regard très critique sur l’entreprise, suspecte d’être le lieu de la non-pensée, une machine à faire de l’argent. Or l’entreprise, en tant qu’organisation qui se donne un objectif, qui définit les moyens de l’atteindre et agit dans ce sens est tout sauf indigne pour la pensée philosophique.

Le dialogue est-il aisé entre vos deux disciplines ?
I.B. – Dès lors que l’on accepte de confronter deux disciplines dans un même souci de rigueur, on rend le dialogue possible.
Y.-H. M. - Nous avons un a priori commun : l’entreprise doit être au service de l’homme et non l’inverse. Pour autant, il y a des notions managériales qui appellent de façon urgente la critique philosophique. Je pense notamment au couple performance-efficacité. C’est peut-être sur ce thème que le dialogue entre nous est le plus tendu.

Nombre d’études pointent un divorce croissant entre les salariés et le monde de l’entreprise. Peut-on parler d’un échec du management ?
I.B. – Notre monde est traversé de mouvements sociétaux qui dépassent largement la sphère de l’entreprise : besoin de reconnaissance, d’épanouissement, quête de sens… Il faut bien reconnaître que les outils du management sont modérément efficients pour répondre à de telles demandes. La philosophie, elle, l’est. Les entreprises ont fait des erreurs. Le harcèlement, le pouvoir, la souffrance au travail sont des réalités. La financiarisation et le Web ont sérieusement dilué la dimension humaine du travail. Je forme des centaines d’étudiants qui seront demain des managers. S’ils peuvent appréhender leur métier en disposant des outils (connaissance, réflexion, critique) qui les protégeront de toutes ces erreurs du management, ce sera une bonne chose.
Y.-H. M. – J’en reviens à cette conception de la performance dans l’entreprise. Elle est assez inquiétante car elle valorise un discours ultra-individualiste, ultra-quantitatif et qui occulte radicalement le sens du travail. Elle mérite d’être redéfinie d’un point de vue philosophique.

Mais la philosophie ne remet pas systématiquement en cause les idées managériales ...
I. B. - La philosophie donne de l’aspérité et de la précision à des mots valises que le management utilise souvent sans y mettre suffisamment de sens. Je pense par exemple au terme de courage ou encore à la notion d’exemple. En management, on va parler de chef, de mentor. En s’attardant sur l’idée de figure, le philosophe va ouvrir d’autres horizons.

 

Article extrait d’Apec RH #12, le magazine trimestriel de l’Apec aux entreprises.

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